ÉTAPE 2 : SENSIBILISATION

Comment intervenir?

Toute approche efficace de la prévention de l’intimidation et de la violence est fondée sur la communication constructive. Une telle communication respecte la dignité et l’estime de soi de toutes les personnes concernées. Elle permet à chacune de s’exprimer d’une façon qui les aide à garder leur propre pouvoir et qui aide les autres à faire de même.

Communiquer pour désamorcer les situations d’intimidation

Les jeunes qui subissent des actes d’intimidation et leurs allié.e.s potentiels ont tendance à réagir avec passivité, agressivité ou vengeance. Malheureusement, ces stratégies se révèlent rarement efficaces. Elles pourraient aggraver ou multiplier les actes d’intimidation. Les stratégies qui traitent des causes sous-jacentes de l’intimidation, qui les désamorcent et les interrompent sont celles à privilégier. Ayez recours aux descriptions suivantes pour vous permettre d’aider vos enfants à faire de meilleurs choix s’ils décident d’intervenir dans une situation d’intimidation :

  • Passivité : La personne transmet le message qu’elle n’a aucun droit ni aucun pouvoir. La personne qui l’intimide pensera peut-être qu’elle est « en contrôle ».
  • Agressivité : La personne agit de façon à reprendre ou garder son pouvoir personnel en prenant le pouvoir de l’autre. Elle ne respecte pas les droits des autres personnes. La personne qui l’intimide se sentira peut-être obligée de se battre encore plus fort pour conserver son pouvoir.
  • Vengeance : La personne cherche à reprendre son pouvoir en se vengeant, en espérant « régler le compte de l’autre » et se sentir plus puissante. La personne qui l’intimide risque de réagir plus agressivement pour garder son pouvoir.
L’affirmation de soi se distingue de ces autres approches de la manière suivante :
  • Affirmation de soi : La personne transmet le message que ses droits sont importants. Elle garde son pouvoir personnel et respecte les droits des autres. Il sera fort probablement plus difficile pour la personne qui l’intimide de garder tout le pouvoir pour elle-même.
Il est essentiel que les adultes reconnaissent que les jeunes qui s’efforcent de mettre fin aux actes d’intimidation font preuve de courage et de créativité, quel que soit le moyen qu’ils choisissent, peu importe que les résultats soient positifs ou non.

Écoute favorisant la prise en charge

On ne saurait surestimer l’influence positive qu’une personne adulte peut avoir sur la vie d’une jeune personne en détresse.

En prêtant simplement une oreille attentive, en montrant du respect et en écoutant sans juger, les adultes offrent un réconfort ainsi qu’un soutien important en donnant à la jeune personne le temps et l’espace d’exprimer librement ses besoins. Il est important de noter que la plupart des jeunes ne vivront que très rarement ce genre de situation dans leur vie.

Vous voulez d’autres suggestions sur l’écoute efficace, cliquez ici.

  • Essayez de rester calmes et présents en prenant de grandes respirations.
  • Croyez vos enfants. Si l’histoire est incohérente au début, elle deviendra probablement plus claire au fur et à mesure qu’elle ou il la racontera.
  • Dites à votre enfant qu’il lui a fallu beaucoup de courage pour venir nous parler et montrez-lui que vous l’admirez pour ce geste. Par exemple, en disant : Ce n’est pas facile de demander de l’aide dans une telle situation, je suis vraiment content.e que tu sois venu.e me parler, tu es très brave.
  • Respectez son rythme. Évitez de l’interroger en lui posant une série de questions, tolérez de longues périodes de silence.
  • Dans la mesure du possible, posez des questions ouvertes (auxquelles on ne peut pas répondre par oui ou non). Par exemple, si vous posez la question : « Depuis combien de temps ça dure? » vous obtiendrez probablement plus de renseignements que si vous demandez : « Est-ce que ça dure depuis longtemps? ».
  • Évitez de faire des suppositions ou de projeter vos propres sentiments sur votre enfant. Vérifiez que vous avez bien compris ce que votre enfant vient de vous avouer. Vous pouvez par exemple paraphraser ce que vous pensez avoir entendu : « Tu dis que tout a commencé l’an dernier, mais que la situation a empiré cette année? » Vous pouvez aussi demander des clarifications : « On dirait que tu te sens plutôt seul.e et que tu aurais préféré n’avoir jamais changé d’école. Est-ce que je me trompe? ».
  • Aidez vos enfants à nommer leurs sentiments. Si vous pensez pouvoir les aider à les nommer, posez-leur les questions suivantes : « Tu sembles être très triste en ce moment. » ou « Tu dois sûrement avoir très peur. ».
  • Accordez la priorité aux besoins et aux sentiments de votre enfant plutôt qu’aux vôtres. Par exemple, si ses expériences déclenchent des sentiments difficiles pour vous, il est important que vous ne les mettiez pas au premier plan.
  • Évitez de faire des promesses. Par exemple promettre que tout va s’arranger, que les actes cesseront ou que vous n’en parlerez pas à personne – vous serez peut-être obligés d’en parler à quelqu’un d’autre pour obtenir de l’aide.
  • Faites-lui comprendre clairement que c’est l’enfant qui a recours à l’intimidation qui est responsable et que ses actes sont inacceptables. Par exemple, en disant : Ce n’est pas correct, personne n’a le droit de traiter une autre personne comme ça, tu ne mérites pas d’être traité comme ça, personne ne le mérite.

Processus de résolution de problèmes favorisant la prise en charge

Le processus de résolution de problèmes pour traiter de l’intimidation – ou de tout autre problème – est plus efficace s’il est basé sur la prise en charge (« l’empowerment »), c’est-à-dire, favoriser la reprise du pouvoir personnel ou collectif. Cela signifie qu’il est important que les jeunes puissent diriger le processus et participer pleinement et réellement aux discussions sur le problème à résoudre. Il est également crucial qu’ils puissent découvrir et formuler leurs propres stratégies afin de créer eux-mêmes un plan d’action pour remédier à la situation.

Si nous voulons redresser le déséquilibre du pouvoir dans une situation d’intimidation et encourager l’utilisation positive et constructive du pouvoir personnel, il est important que nous permettions à nos enfants d’avoir autant de contrôle que possible tout en les écoutant attentivement et avec respect et en leur fournissant un encadrement et un soutien.

Essayer d’aider les enfants en réglant leurs problèmes peut nuire à leur habilité de gérer les difficultés. Les enfants sont plus susceptibles de donner suite à un plan qu’ils ont aidé à élaborer.

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  1. Déterminer la nature du problème. Déterminez la nature du problème. Donnez à votre enfant l’occasion de dire ce qui s’est passé et de rassembler les renseignements de base au sujet de la situation (comment, à quelle fréquence, quand et où, qui était présent, etc.). Il est important de lui donner suffisamment d’espace et de temps pour décrire la situation et d’éviter de l’interroger ou de faire pression pour obtenir des renseignements.

  2. Examiner ce qui a déjà été fait. Examinez ce qui a déjà été fait ou ce qu’on a déjà essayé de faire pour régler le problème. Avant de demander l’aide d’un adulte pour mettre fin à des actes d’intimidation, votre enfant a probablement déjà essayé de trouver des solutions, seul.e ou avec l’aide de pairs, sans parvenir à régler le problème. Elle ou il a atteint la limite de ses propres ressources. Lui demander de vous parler des mesures qu’elle ou il a prises pour faire cesser l’intimidation est une étape importante dans la recherche de nouvelles stratégies.

  3. Faire une séance de « remue-méninges ». Faites une séance de « remue-méninges » pour trouver des solutions possibles. C’est le temps d’être créatif et de ne pas imposer de limites. Acceptez toutes les suggestions et notez-les sans en discuter ni poser de jugement. Il est particulièrement important d’encourager votre enfant à participer activement à cette étape. Le processus d’évaluation et de réflexion… c’est pour plus tard!

  4. Évaluer les solutions. Évaluez les solutions et faites ressortir les risques et les avantages potentiels de chaque solution. Le moment est propice pour que vous et votre enfant utilisiez votre esprit critique. Même s’il est préférable que votre enfant demeure à l’avant-plan à cette étape, vos commentaires peuvent lui être très utiles. Vous pouvez soulever certains points problématiques en posant des questions qui lui permettent de réfléchir et de tirer ses propres conclusions. Voici des exemples  : « Qu’est-ce qui pourrait arriver si tu amènes ton grand frère avec toi pour faire peur à l’élève qui essaie de t’intimider? » « Comment pourrait-il réagir? » « Penses-tu que ton père va toujours être capable de venir te chercher après l’école ? » « Toute l’année? » Votre ton et votre attitude sont très importants à cette étape. Le but est de trouver différentes façons de lui dire : « Je te respecte et j’ai confiance en tes capacités et ton intelligence. » Vous pouvez communiquer ce message par des mots, l’intonation de la voix, le langage corporel, les expressions faciales, etc.

  5. Choisir une solution. Après avoir bien discuté des avantages et des inconvénients des différentes solutions, il est essentiel que votre enfant prenne une décision sans être influencé par vous. Il est important de se rappeler que si cette solution ne parvient pas à régler le problème, il est toujours possible d’en essayer une autre.

  6. Établir un plan d’action. Élaborez un plan d’action ensemble. Encouragez votre enfant à donner des idées concrètes et beaucoup de détails. Vous pouvez ici aussi l’aider à établir le plan en posant des questions d’une façon délicate et respectueuse pour examiner à fond la situation.

  7. Appliquer le plan d’action. Essayez de faire en sorte que votre enfant ait du soutien, si elle ou il le désire, pendant qu’elle ou il applique son plan d’action. Elle ou il pourrait notamment prévoir dans son plan d’action de demander l’aide d’un.e ami.e ou d’un.e adulte en qui elle ou il a confiance (comme vous).

  8. Faire un suivi. Assurez un suivi après l’application du plan d’action et évaluez les résultats. Cette étape est très importante, car votre enfant peut facilement se décourager et même arrêter son plan si elle ou il ne réussit pas à régler le problème. Il est important de demeurer optimiste et confiant à cette étape. Il importe d’intégrer les expériences de votre enfant dans le processus naturel de résolution de problèmes plutôt que de les voir comme des échecs.

  9. Revoir les options. Au besoin, retournez à l’étape 5 et recommencez. Le processus de résolution de problèmes est un processus continu qui peut nécessiter plusieurs essais et erreurs. Il est important de considérer les stratégies qui ne portent pas de fruits comme faisant partie du processus d’apprentissage.

Intervenir auprès de toutes les parties impliquées dans une situation d’intimidation

Lorsque nous intervenons dans une situation d’intimidation, il est important d’adapter notre approche en fonction de la situation et du rôle que chaque jeune joue. Dans tous les cas, les stratégies qui facilitent la prise en charge des jeunes tout en donnant l’exemple de l’utilisation positive du pouvoir – comme l’écoute active et la résolution de problèmes – sont plus efficaces.

Il est important que les jeunes qui ont été intimidés se sentent en sécurité et soient réellement en sécurité et sachent qu’ils ne sont pas responsables de ce qui leur arrive. Il importe également de dire clairement qu’il s’agit d’intimidation et de dénoncer la situation. Il est essentiel d’insister sur le courage et la force dont ils ont fait preuve en demandant de l’aide et de leur donner l’espoir que les choses vont s’améliorer.

Lorsque nous intervenons auprès des jeunes qui ont été témoins d’intimidation, il importe de déterminer quel rôle ils ont joué. Les jeunes qui n’appuient pas les actes d’intimidation et ceux qui ont essayé de faire cesser l’intimidation auront probablement besoin d’encouragement. Il est également primordial de leur apprendre certaines compétences pour qu’ils puissent agir comme allié.e.s à l’avenir.

Lorsque nous intervenons auprès des jeunes qui intimident une personne ou des témoins qui appuient l’intimidation, nous pouvons les amener à évaluer les conséquences de leurs actes et à en assumer la responsabilité. Il est important de dire clairement qu’il s’agit d’intimidation et de dénoncer la situation. Il importe de nommer les répercussions de leurs actes et de les aider à trouver des moyens de réparer les dommages causés.

Dans chaque cas, il est indispensable d’assurer un suivi après l’intervention initiale. Le suivi permet de transmettre à toutes les parties concernées le message suivant : nous nous soucions véritablement de la sécurité des jeunes qui subissent de l’intimidation et nous tenons fermement à ce que cessent les actes d’intimidation. Le suivi permet également de faire comprendre à la personne qui intimide les autres qu’elle est responsable de ses actions.

Occasions d’apprentissage

Le but d’une intervention auprès des jeunes qui intimident les autres ou qui appuient l’intimidation est de les encourager à réfléchir, à apprendre, à grandir et à changer. Nous voulons éviter à tout prix de blâmer les enfants et les ados ou de leur faire honte. Il est préférable d'encourager les jeunes qui intimident les autres et qui appuient l’intimidation à réfléchir à leurs gestes, à assumer leur responsabilité, à prendre les mesures pour réparer les dommages causés et à accepter les conséquences naturelles de leur comportement. Les parents peuvent aider leurs enfants à en apprendre davantage sur le respect des différences, sur les relations et les interactions saines et respectueuses et sur les voies et les moyens leur permettant de devenir des membres positifs de la collectivité – voire des leaders positifs ou, encore, des allié.e.s.